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Vivre. Mener sa vie. Pourquoi ? Pour qui ?
Nos journées oscillent le plus souvent entre peine et joie, déchirement et exaltation, lassitude et espérance.
Ce sont Les jours mauves

Les jours mauves de Fatou Diome

I  Les jours anémones de mer

Tempo ?
Mauve fado.
Mauve blues.
Mauve soir d’automne.

Il y a des jours sans entrain, où nous sommes vieux avant l’âge.
Il y a des jours pauses, où nous stagnons au seuil de nos volontés.
Il y a des jours somnolents, où la grasse matinée s’étire jusqu’à la sieste,
qui se prolonge dans la nuit.
Il y a des jours alanguis, qui tiennent sagement sous une couette,
pour ne pas précipiter la vie par la fenêtre.
Il y a des jours coquilles, où le coeur névralgique attend de la brise
un nouveau souffle, à défaut d’une consolation.
Ces jours engourdis, la seule action tient dans la pensée,
qui essaie de donner sens à l’expectative.
On attend.
On guette.
On espère,
comme un amant dépité, que la vie, maîtresse mutine, revienne,
paré de nouveau atours.

Ce sont les jours mauves.
Mauve fado.
Mauve blues.
Mauve soir d’automne,
quand, rougeoyante, la flamme vitale se nourrit de désespoir
et s’évanouit dans le bleu ténébreux de la mélancolie.
Tempo ?
Lent.

II  Les jours orchidées

Tempo !
Mauve tango.
Mauve sérénade.
Mauve matin de printemps.

Il y a des jours pleins d’entrain, où même vieux on se sent jeune.
Il y a des jours aériens, où le coeur se voit pousser des ailes
et porte nos volontés au firmament.
Il y a des jours d’éveil, où un soleil de joie brille et dilate les pupilles,
jusqu’au bout de la nuit.
Il y a des jours sertis de désirs, qui ne tiennent pas en la demeure
et nous poussent sur les sentiers de l’espoir.
Il y a des jours sillages, qui embrassent le monde
et ouvrent le coeur à toutes les brises.
Ces jours d’alacrité, la pensée chante,
danse avec ce qui vient et oublie ce qui, inexorablement, s’en va.
On n’attend pas.
On vogue.
On flotte.
On s’enivre de chaque goutte de bonheur,
comme on s’enivre des baisers d’un amant envoûtant.

Ce sont les jours mauves.
Mauve tango.
Mauve sérénade.
Mauve matin de printemps,
quand, rouge coquelicot, la flamme vitale se nourrit
de toutes les passions et dissipe le bleu ténébreux de la mélancolie.
Tempo ?
Rapide !

Fatou Diome dans Mauve, Flammarion, Paris, 2010.
Textes de Fatou Diome. Dessins et photographies de Titouan Lamazou.

Ce poème, blotti dans une enveloppe cachetée, attend depuis plusieurs semaines un envol à destination des îles britanniques.
Qu’il puisse t’apporter ce que je te souhaite tant et tant, belle Amie précieuse.

Article publié par Bastien D.

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